Nathalie Bossant
Shiatsu Paris 15

SANTE

Notre corps supporte mieux la privatisation que l'excès.

Que se passe t'il dans notre corps
quand nous cessons de nous alimenter ?

Alternative-Santé a interviewé le Dr Lionel Coudron – Numéro d'octobre 2017 - N°50


Alternative-Santé –
Vous affirmez qu'il est possible de démarrer un jeûne du jour au lendemain sans préparation. C'est surprenant...

Dr Lionel Coudron : 
Pourquoi faudrait il se préparer, alors que l'organisme est conçu pour jeûner ?
Depuis 20 000 ans, nos ancêtres ne choisissaient pas le moment de démarrer un jeune. Il n'est absolument pas indispensable de réduire son alimentation progressivement.

 

Alternative-Santé –
Concrètement, que se passe t'il dans le corps quand nous cessons de nous alimenter ?
Dr Lionel Coudron : 
Lorsque vous n'apportez plus de nourriture à votre corps, vous ne lui fournissez plus de gucides, qui sont son carburant. Il va devoir fabriquer de l'énergie autrement et puiser dans les graisses de réserve qui, en brulant, vont entrainer la production de corps cétoniques. C'est ce que l'on appelle la cétose. Elle commence à se produire 12 heures après l'ingestion des derniers aliments. Pour rester en cétose et maintenir les bienfaits du jeune, la ration journalière ne doit pas dépasser 450kcal, l'équivalent de 3 fruits, 200g de fromage ou cinq tranches de pain.

Alternative-Santé –
Donc, on peut manger en petite quantité.
Mais comment rester en deçà de 450 kcal ?
Dr Lionel Coudron :
Il s'agit moins de manger que d'apporter des nutriments énergétiques.
La diète protéinée présente l'avantage d'un apport majeur de protéines et de graisses, associé à une réduction calorique et glucidique drastique.

Ce n'est pas un jeûne au sens strict, mais elle en procure les mêmes bénéfices.
Cela peut aussi passer par des potages de légumes légers : c'est la méthode Buchinger.
Ces apports ne rompront pas les effets du jeûne et aideront le corps à s'adapter.
Dans tous les cas, je ne recommande pas le jeûne hydrique pur (uniquement à l'eau), qui mène la fameuse crise du troisième jour...

...la fameuse crise du troisième jour...
Alternative-Santé – ...qui est ?
Dr Lionel Coudron
...fatigue, vertiges, crampes, malaises, hypotension et symptômes d'une acidose.
Voila pourquoi on l'appelle « crise de détoxication ». Mais pour moi, ce n'en est pas une.
C'est simplement le signe de la bascule naturelle en cétose, généralement à partir de 36 heures.
Le corps réagit à la fuite de potassium et de sels minéraux.
Or, si l'acidose en soi, n'est pas dangereuse, il est parfaitement possible d'éviter ces troubles en prenant régulièrement du sel, directement dans la bouche ou dilué dans l'eau.
Du simple sel de table fait l'affaire.
Je prescris également des compléments à base de potassium, de calcium et de magnésium, qui ont un effet alcalinisant et permettent de prévenir les crampes, la fatigue et les maux de tête.

Alternative-Santé –
Comment le corps fait il pour tenir ?
Dr Lionel Coudron :
Il fait bien comprendre que l'organisme sait produire de l'énergie à partir de ses réserves.
Durant les trois premiers jours,
il va puiser de l'énergie dans les graisses des muscles et du foie.
Quand ces stocks seront épuisés, il pompera dans les tissus adipeux à la recherche d'acides gras qu'il transformera en glucose pour poursuivre son fonctionnement optimal.
On appelle cela la néoglucogénèse.
Au bout du cinquième jour, le processus change :
les acides gras vont servir à la fabrication de corps cétoniques, dont le cerveau et les muscles sont très friands car leur utilisation énergétique est plus efficace que celle du glucose.
De plus, dans les cellules musculaires, ces corps cétoniques fonctionnent en aérobiose et ne sont pas dégradés en lactate comme l'est le glucose, qui peut ainsi entrainer des courbatures.
A ce stade, le jeûne n'impose pas de changer quoi que soit à son activité normale, et le corps a suffisamment de vitalité pour aller marcher ou faire du yoga.

 

Intérêts du jeûne pour l'organisme
Alternative-Santé –
En quoi, tout cela, est' il profitable à l'organisme ?
Dr Lionel Coudron :
Le jeûne permet un nettoyage, dont la profondeur, dépend de la durée.
Pratiqué seul chez soi, j'estime qu'on peut l'expérimenter entre 3 jours e
t deux semaines maximum, sans risque.
On l'a vu, durant le jeûne, les cellules se trouvent privée de glucose.
Cela représente un stress métabolique qui va les pousser à passer en
mode «vaches maigres ».
Les cellules saines vont fonctionner à l'économie et les cellules dysfonctionnelles ne vont pas résister et s'auto-détruire.
De plus, comme la nourriture manque, les cellules détruites vont servir d'aliments en priorité.
Ce phénomène d'autolyse et de régénération va à l'inverse des processus de surcharge alimentaire qui provoquent oxydations et inflammations, et sont impliqués dans nos pathologies modernes : dépression, troubles cardio-vasculaires, diabète, hypertension, obésité.
On peut donc parler ici de jeûne thérapeutique.

Mono-diète ?
Alternative-Santé –
Vous soulignez que la mono-diète est la meilleure solution pour un effet détox.
Plus que la diète proteinée ou les bouillons clairs ?
Dr Lionel Coudron :
L'apport d'un seul aliment, essentiellement à base de glucides d'origine végétale et pauvre ne protéines et en lipides, facilite la digestion de cet aliment, alors mieux dégradé dans l'intestin et plus nourrissant pour la flore.
Dans ce type de jeune, les glucides sont apportés par le fruit choisi, composé en général pour moitié de fructose et pour moitié de glucose.
Le ratio le plus équilibré étant celui du raisin (7g/7g).
L'apport de fruit est également très alcalinisant.
En fait, ce qui rend la mono-diète intéressante,
c'est qu'elle est plus facile à pratiquer psychologiquement.

Le jeûne une solution anti-cancer ?
Alternative-Santé –
...son action sur les processus inflammatoires fait elle du jeûne une solution anti-cancer ?
Dr Lionel Coudron :
Absolument.
Durant le jeûne, une hormone importante chute : le facteur de croissance IGF-1, impliqué dans le développement des cellules et des tissus.
Elle est sécrétée systématiquement par le foie à chaque fois que vous mangez.
La multiplication des prises alimentaires et des grignotages tout au long de la journée 
entraine sa sécrétion de manière plus ou moins permanente.
Si elle est bénéfique aux tissus, elle est aussi néfaste,
car elle participe aux développement des cellules cancéreuses qui s'en nourrissent.

Ce grignotage quasi constant est l'un des facteurs de la multiplication des cancers depuis un demi-siècle.
Le jeûne accompagne d'ailleurs très bien les séances de chimiothérapies.

Jeûne et mental
Alternative-Santé – Et sur le plan mental ?
Dr Lionel Coudron :

Après quelques jours, la sécrétion de dopamine, d'adrénaline et de noradrénaline renforcent l'attention, la motivation, la faculté d'adaptation et le plaisir d'agir.
Elles exercent une action stimulante sur le cœur, les poumons, les vaisseaux, les reins.
Ces effets émotionnels et cognitifs expliquent en partie les bons résultats obtenus, dans
le traitement par le jeûne de différentes anxio-dépressions et mélancolies.
De plus, le jeûne augmente la concentration sanguine en sérotonine (l'hormone du bonheur), un neuromédiateur essentiel dans la régulation des émotions.
D'où le sentiment de bien-être, de vitalité et de concentration éprouvé pendant et après un jeûne.

Jeûne et perte de poids
Alternative-Santé –
Le jeûne est il indiqué pour les personnes qui souhaitent perdre du poids ?
Dr Lionel Coudron :
Le processus de la dégradation de la graisse explique la fonte du gras, inévitable, lors d'un jeûne.
Pour les personnes qui décident de jeûner afin de perdre du poids, la question sera de stabiliser leur poids en faisant attention aux compulsions de sortie de jeûne, avec un effet boomerang.
Auquel cas, il faudrait y remédier par un apport d'acide aminé tryptophane, précurseur de la sérotonine.

Jeûne à éviter, dans quels cas ?

Alternative-Santé –
Sur quelles pathologies le jeûne n'a t'il pas d'intérêt thérapeutique ?
Dr Lionel Coudron :
Le jeûne est contre indiqué pour plusieurs types de personnes :
- femmes enceintes,
- enfants,

et surtout en cas de dénutrition.
Il est aussi déconseillé dans les pathologies de carence comme la sarcopénie (
fonte musculaire chez le sujet âgé)
ou encore l'insuffisance osseuse.
- aux personnes présentant des troubles alimentaires (antécédents d'anorexie ou boulimie)
Mais il faut être prudent avec les personnes impulsives, très labiles sur le plan émotionnel (humeurs changeantes, variant rapidement),
qui ont des compulsions alimentaires et sont attirées par le sucré, en particulier le soir à partir de 17h.

En général, ces traits proviennent d'une carence en sérotonine.

Jeûne et colon irritable et intolérance alimentaires
Alternative-Santé –
Le jeûne est il intéressant pour traiter le symptôme du colon irritable et les
intolérances alimentaires ?
Dr Lionel Coudron :
OUI, car cela met le côlon au repos, calme l'inflammation et les douleurs.
En même temps, cela va permettre de faire le ménage dans notre milliard
de bactéries pathogènes.
Car les bactéries saprophytes jouent un rôle dans l'immunité, la régulation
et la sensibilité de l'intestin.
Le jeûne est donc un moyen d'adopter une nouvelle manière de vivre, sur
des critères de guérison, qu'il va falloir ensuite entretenir.

 

Le Docteur Lionel Coudron est médecin généraliste, nutritionniste, acupuncteur
et enseigne le yoga depuis 35 ans.
Il accompagne les patients dans des jeûnes de bien-être ou thérapeutiques.

 

Retranscription de l'interview du Dr Lionel Coudron dans Alternative-Santé d'octobre 2017 - N°50


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